Ma contribution au débat du PCF

Publié le par alainleroux

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"Ouvrons le débat"

Je ne prétends pas à des réponses exhaustives. Ce que j'exprime est le plus souvent à l'état d'ébauche. J'ai passé certaines rubriques sur lesquelles je n'avais pas d'avis précis. Cela viendra peut-être avec le temps et les débats à venir. Je mets parfois en cause des modes de fonctionnement, jamais des personnes. Enfin, à la lecture de ces quelques remarques des contradictions, des imperfections apparaissent: je ne suis pas un théoricien, j'exprime simplement ce que je ressens en tant que militant de ce parti communiste dont je crois qu'il a encore un avenir.

I- Dans quelle société vivons nous? Que faut il changer?

A- Le capitalisme aujourd'hui.

1- Comment le qualifier? Ne pas systématiquement utiliser comme nous le faisons de plus en plus le terme de libéralisme qui peut être perçu dans un sens positif. Cependant ce capitalisme est bien "ultra-libéral" dans le sens économique. Il l'est de moins en moins dans le sens politique: la liberté semble en voie de réduction du fait des options sécuritaires de plus en plus sévères. Sur le plan économique le capitalisme a changé doublement et d'une façon qui pourrait paraître contradictoire:
- Un retour en force à des fondamentaux du XIXème siècle (surexploitation, dureté humaine, recherche du seul profit
immédiat...)
- Le capitalisme actuel est de plus en plus financier et de moins en moins industriel, du moins dans les sociétés dites
développées.

2- Une nouvelle source d'aliénation me semble particulièrement inquiétante dans la France actuelle, c'est celle liée à l'accession à la propriété. Sarkozy veut une France de propriétaires, ce qui, historiquement, n'a en soi rien de nouveau, mais induit dans l'état actuel de l'économie une dépendance des individus tenus par les banques durant 30, 40, voire 50 ans si on examine ce qui se passe dans les pays anglo-saxons. Cela veut dire des gens rendus incapables de réagir, de se mobiliser, de faire grève.

3- Evidemment, le dépassement du capitalisme est nécessaire. Possible? Que veut dire "dépassement"? C'est un mot que nous, communistes, utilisons à tout va. Qu'y mettons nous comme contenu? Que comprennent ceux à qui nous en parlons? La fin du mythe du "grand soir"? Pour ma part, oui. Des utopies immédiates? Certainement. Ne pas attendre comme l'ont fait nos ainés un grand soir libérateur de toutes les aliénations, qui disparaitraient comme par magie dès lors qu'on aurait changé le système de propriété. Au contraire, ne pas hiérarchiser les aliénations ( propriété, oppression des femmes, racisme, cultures minorisées...) et proposer de changer tout de suite et en profondeur, par l'instauration immédiate de gratuités (transports, logement, santé, école...), par un bouleversement des rapports au travail ( en ce sens notre projet Sécurité Emploi Formation, qui rendrait caduque la notion de "marché du travail" mériterait d'être affiné, rediscuté)

4- Le PCF est à la traine dans certains domaines. En économie, nous patinons. Nous avons été à peu près capables de sortir des dogmes de l'économie dirigée (encore que dans certains secteurs comme l'énergie ou les transports elle soit loin d'avoir dit son dernier mot...), mais nous n'avons pas de projet concret pour bâtir un système économique qui soit autre chose que le capitalisme.
Pas ou peu de réflexion sur la croissance, sur l'alter-croissance, sinon pour régler dédaigneusement le problème en traitant ses tenants de rétrogrades. Il est urgent, à cet égard, d'avoir une véritable réflexion sur le tavail, dont nous devons rappeler que c'est une aliénation. Dans ce domaine le poids de l'histoire du mouvement communiste est considérable et souvent ambigu : nous sommes à la fois le parti qui a contribué au progrès social (réduction du temps de travail, congés payés...) mais aussi le parti longtemps symbolisé par deux instruments de travail...se gargarisant du mot 'travailleur" et d'une certaine façon rendant une sorte culte au travail, à la production, à la productivité, à l'usine. Peu de réflexion aussi sur l'écologie que nous laissons à d'autres. Cela tient en partie à notre culte passé de la science toute puissante. Cette vision somme toute positive de la science peut être pour nous un atout si nous la débarassons de ses aspects dogmatiques. La science ne peut pas tout, mais elle est un élément moteur du progrès humains si on crée les conditions pour qu'elle le soit. La question de l'énergie nucléaire est très révélatrice de ce débat: nous avons tendance à rejeter toute critique de cette forme d'énergie, sauf sur la question de la propriété. Nous avons peu réfléchi sur la question des déchets et de la sécurité des centrales. Soyons capables, à la fois d'éviter le piège du refus des progrès scientifiques, et en même temps d'avoir une vraie réflexion sur les rapports entre la science, l'économie et le devenir de la planète: vaste programme!

B- La société en mouvement.

1- La classe ouvrière existe toujours.
- Elle a explosé démographiquement dans le tiers-monde.
- En France, en Europe, elle a évolué. Que veut dire "classe ouvrière"? Ce sont des gens peu diplômés, souvent précaires, aux revenus faibles; pas seulement ceux qui produisent des biens matériels mais aussi tous ceux, toujours plus nombreux, qui travaillent dans les services (banques, aide aux personnes, commerce...)

2-3- Je pense profondément que la société française est profondément à gauche pour ce qui est de ses souhaits, mais qu'elle se résigne à être de droite parce que beaucoup pensent que ce que prône la gauche - la "gauche de gauche" - est irréalisable: à nous de leur démontrer le contraire. Ce fatalisme est le résultat d'un long et intense matraquage de la part des médias, mais aussi, ne l'oublions pas, de l'école. Les programmes d'histoire du secondaire, en entretenant la confusion entre communisme et stalinisme, ont en partie formaté la représentation du communisme, en particulier chez les plus jeunes. D'où, en partie, l'adhésion au "chacun pour soi" de Sarkozy; au rejet des solutions collectives (solidarité, syndicats, partis...) au profit du tout individuel: les "talents", le mérite, le goût de l'effort, la "valeur travail", d'ailleurs prônée également par Ségolène Royal et une partie des socialistes. Ce qu'on appelle communément "la gauche" (il y aurait un gros travail à faire pour redéfinir et se réapproprier ce terme) propose soit un aménagement à la marge du capitalisme, soit des projets que beaucoup identifient mal: combien de citoyens n'ayant qu'un rapport assez distant avec la politique seraient capable de dire, même succintement, ce que veut le PCF? Offrons aux gens sans espoir (résignés, déçus du social-libéralisme) un projet concret, possible, chiffrable et peut-être pourront ils y adhérer.

II- Le projet.

A- La question du communisme.

1- Le mot "communisme". Il est indissociable de l'idée de mouvement; d'une société en mouvement qui ne fonctionne pas en cassant ce qu'il y avait avant elle mais qui avance par la mise en place d'utopies concrètes.

2-3- L'image du mot "communisme" est négative. L'école, je l'ai dit, y est pour beaucoup. Faut il pour autant l'abandonner? Je ne le pense pas. Abandonner le mot, c'est d'une certaine façon abandonner les idées. D'autres organisations nous l'ont démontré. Je pense, au contraire, qu'il nous faut nous réapproprier le vocabulaire. Sur ce terrain, le capitalisme a été une fois de plus très habile en détournant systématiquement les mots, surtout depuis la chute du mur: celui qui lutte pour le progrès ou les acquis sociaux est un "conservateur"; mais un gouvernement qui veut démanteler les services publics et précariser la société engage des "réformes".

4- Le PCF est encore marxiste. Il doit devenir "marxien" au sens où la pensée de Marx est évolutive, en mouvement perpétuel; elle n'est en aucun cas un dogme. Débarassons nous complètement des aspects dogmatiques, du léninisme en particulier. Rosa Luxemburg avait mis l'accent sur les dangers du léninisme et sur l'extrème nécessité de prendre pleinement en compte l'idée de liberté. Réfléchissons, co-élaborons des idées nouvelles avec d'autres, avec qui nous ne sommes pas forcément d'accord. Cesons de nous prendre pour les seuls qui détiennent la vérité. Allons voir ailleurs dans le passé et dans la pensée actuelle; n'ayons pas peur de nous remettre complètement en question sur certains points.

B- Identité, projet, politique.

1- Un projet en creux? J'ai dit plus haut que peu de gens seraient capables de dessiner, même sommairement, un projet des communistes. Il leur serait, par contre, plus facile de dire contre quoi nous sommes. Sur le projet politique, cela se résume pour beaucoup de gens à des idées un peu floues sur la défense des droits des "travailleurs", sur le féminisme, mais sans qu'il soit possible de dire ce que notre action politique au pouvoir changerait à la vie quotidienne. D'autant que les périodes où nous avons été associés au pouvoir (la gauche plurielle) n'ont pas laissé que des bons souvenirs...

2- Alors, quel projet? Je crois en un projet de "dépassement" du capitalisme, j'utilise ce terme à défaut d'autre chose. Un projet clair, lisible, accessible à ceux qui ne sont pas forcément des militants et qui ne comprennent pas forcément notre façon de dire les choses. Il faut nous débarrasser de notre langue de bois que nous utilisons sans même parfois nous en rendre compte. Notre projet doit aussi faire réver, pas au sens d'une utopie inaccessible, mais au sens de "un autre monde est possible", c'est à dire "ici et maintenant".

3- Il me semble fondamental de nous adresser à tous, et pas seulement - je caricature volontairement - aux défavorisés des quartiers populaires de la périphérie des grandes agglomérations. Pas question, il va de soi, de les laisser tomber, mais élargissons nos vues. Cela a déjà commencé, mais il faut aller plus loin. On peut être accessible aux idées progressistes et ne pas limiter son action à la recherche du profit en étant artisan, médecin libéral, pour ne prendre que ces deux exemples. Il me semble que beaucoup de communistes ont des difficultés à prendre en compte ceux qui ne sont pas des salariés, des exploités au sens léniniste du terme. Tout ceci me semble d'autant plus important que la finalité d'un projet politique c'est de donner un autre sens à notre vie à tous.

III- L'organisation.

A- De quelle organisation avons nous besoin?

1- L'influence du PCF se réduit comme une peau de chagrin. Au mieux on nous trouve "sympathiques" mais quand même un peu ringards. Notre implantation électorale n'est plus nationale, nous sommes de plus en plus marginalisés.

2- Nous existons; nous avons un passé, parfois lourd à porter, parfois valorisant. Nous devons poursuivre, mais pour cela changer profondément. Changer ou disparaître...

3- Ce qui doit changer:
- Le nom? Pas sûr (voir plus haut) mais si c'est indispensable, cela ne doit pas constituer un obstacle. Pour ma part je continuerai à me dire communiste (et même "coco")
- Le mode d'organisation: il y a des courants au PCF! Le nier, c'est nier l'évidence. Il faut les prendre en compte, non pas pour en marginaliser certains comme au PS, mais pour les amener à se confronter, à s'enrichir mutuellement; s'en servir pour avancer.
- La démocratie dans le parti a fait des progrès indéniables; mais ils sont partiels et inachevés. De vieilles pratiques ont encore cours: intimidation des camarades, votes internes douteux pour ne pas dire trafiqués, opacité dans la désignation des exécutifs, mauvais fonctionnement des commissions qui ne sont là que pour la façade, et j'en passe. Trop de prétendues initiatives sont parachutées du niveau national ou fédéral.

4- Un nouveau parti? Plutôt qu'un "Nouveau PCF", un parti rénové capable de créer avec d'autres (et non pas autour de lui) une force de type confédéral qui serait à la fois efficace et pluraliste, capable de respecter les diverses sensibilités, à commencer par la (les?) nôtre (s?). Qui? Ceux qui se réclament du communisme (nous,les trotskystes...), des socialistes qui ne se résignent pas au social-libéralisme, des écologistes qui envisagent autre chose que d'être la caution verte du PS, des altermondialistes, des citoyens ordinaires qui veulent que la vie soit différente, des syndicalistes, et bien d'autres encore qui ne rentreraient pas dans cette liste.

5-6- Cette confédération répondrait peut-être partiellement à la question de l'attractivité vis à vis des jeunes. Elle permettrait aussi un militantisme plus "épanoui"

B- Fonctionnement.

1- Dirigeants et élus.

a- Les dirigeants. C'est un "mal nécessaire" peut-être...La question essentielle est celle de leur légitimité. Il faut revoir le mode d'élection, la rendre plus accessible à tous. Les permanents ne doivent l'être que pour un temps limité. Il ne devrait pas être possible de "faire carrière" au parti. Faire carrière ce peut être la tentation de privilégier sa position personnelle, ce qui n'est pas une bonne chose. Des permanents qui, sortis de leurs études (et de l'UEC ou des JC) entrent comme permanents dans le parti avec pour ambition d'y rester toute leur vie si possible sont évidemment très déconnectés du "monde réel" et cela se sent autant dans leur action que dans leurs analyses. Pour changer les choses, pour permettre un vrai renouvellement des permanents et dirigeants je propose un "statut du permanent politique" qui permettrait de sécuriser la vie professionnelle, un peu à l'image du "statut de l'élu" que nous proposons depuis longtemps.

b- Les élus. Ils doivent être responsables devant leurs électeurs mais aussi devant leurs camarades, ceux qui composent le parti au nom duquel ils ont été élus.

IV- Rassemblement et alliances.

A- La gauche. Le clivage n'est plus depuis les années 80 un clivage entre organisations ("la gauche" au sens des médias). La frontière gauche/droite passe entre :
- Ceux qui veulent conserver le capitalisme en le radicalisant ou en l'aménageant à la marge (les conservateurs). J'y inclus le PS en tant qu'appareil.
- Ceux qui veulent bâtir autre chose et qu'on pourraît appeler à défaut d'autre chose la "gauche de gauche", dans laquelle le PCF a sa place, toute sa place, mais rien que sa place. Place importante mais pas hégémonique ou dominante, avec ses atouts : parti historique, capacités militantes, expérience, réflexion...

B- Les relations avec le parti socialiste. Lorsque j'ai adhéré en 1998 j'ai été surpris de voir combien mes camarades étaient bien plus durs et plus critiques envers les socialistes qu'envers leurs adversaires de droite. J'ai vite compris combien les rapports avec les socialistes étaient ambigüs et conflictuels. Ils le sont encore plus actuellement au regard des orientations actuelles du PS. Alors, commençons par remettre en question les alliances systématiques avec le PS. Ce qui ne veut pas dire refuser toute alliance, loin de là : ce que les médias ont appelé à tort le "communisme municipal" n'a été et n'est encore possible que dans le cadre d'alliances municipales avec les socialistes. Ceci étant, arrêter les alliances systématiques avec le PS c'est se démarquer vraiment de lui, c'est lutter efficacement contre le bipartisme qui se met en place et que souhaite la direction du PS. C'est aussi tirer à gauche les socialistes qui croient encore au changement ; c'est rejeter les sociaux-libéraux du PS encore plus clairement vers une droite qui leur fait les yeux doux.

C- Des obstacles à l'union de la gauche.

1- Il sera difficile de fédérer des courants qui se sont affrontés, ont des divergences sérieuses. Pour y arriver il ne faut pas gommer les différences mais au contraire confronter les points de vue et les enrichir. Cela suppose une élévation de notre niveau théorique.

2- Des intérêts financiers sont en jeu: les alliances avec le PS permettent au PCF d'avoir plus d'élus, donc plus de financement. Mais le risque de satellisation, du fait de notre perte d'influence, est réel.


Conclusion. Nous devons (dans le sens de l'obligation) être à la fois un parti révolutionnaire, c'est à dire capable de proposer des idées neuves, mais nous devons être aussi un parti capable de mettre en oeuvre ces idées. Nous avons donc la prétention d'être aussi un parti de gouvernement, sans quoi nous ne serions capables que de faire de l'incantation, ce que certains font d'ailleurs mieux que nous. Quand je dis "parti de gouvernement" ce n'est pas à comprendre dans le sens de "prendre le pouvoir", mais de le redonner aux citoyens, sans exclusives.



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Publié dans Politique

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