Rencontre avec un responsable de "die Linke" à Wuppertal

Publié le par alainleroux

554e17801e.jpg

Wuppertal-Allemagne.  Rencontre avec Bernhardt Sander, co-responsable de "Die Linke" à Wuppertal.

Bernhardt Sander, politologue de formation, travaille à la direction des transports urbains de Wuppertal (WSW).  Syndicaliste, il a de nombreux contacts avec la CGT de la RATP.  Il écrit dans la revue du parti, "Sozialismus", en particulier des articles sur la politique française et belge.  Sa connaissance de la gauche française est excellente.
Wuppertal, 370 000 habitants, est une ville industrielle en crise; sa prospérité a été longtemps fondée sur le textile.  Après la crise des années 70 la reconversion a été très difficile.  Le groupe chimique Bayer est le premier employeur d'une ville dont le taux de chômage reste très élevé (14%) avec une forte proportion d'immigrés, Turcs en majorité, mais aussi beaucoup de Juifs germanophones de l'ancienne URSS.
Wuppertal a une vieille tradition de gauche; c'est la ville natale de Friedrich Engels; elle fut entre 1920 et 1933 un bastion du Parti communiste allemand (KPD).  Dans les années 60 le DKP (nouvelle mouture de KPD interdit en 1959) compte à Wuppertal plus de 600 adhérents encartés: c'est un record en RFA.  Dans les années 90 le PDS, bien que réalisant des scores faibles comme partout à l'ouest, est très actif sur le plan local.
Depuis la fondation de la RFA en 1949 le SPD a toujours dirigé la ville.  En 1998 Schröder promet des réformes sociales mais fait exactement le contraire, d'où une fuite des militants et cadres locaux qui se retrouvent dans le nouveau groupe qui préfigure WASG.  A partir de là, et en étroite collaboration avec le "club Rosa Luxemburg" (Bernhard le compare volontiers à "Espace Marx"), s'opère un long travail de réflexion, de discussions théoriques mais aussi programmatiques, souvent très concrètes, pour mettre en place une nouvelle structure politique de gauche, capable non seulement de critiquer mais aussi d'assumer le pouvoir au plan local.
Tout cela se construit à partir de contacts avec différentes composantes:
     -  Attac, qui en Allemagne fédère de gens d'opinions très diverses.
     -  Le PDS local.
     -  Des syndicalistes.
     -  Des militants troskystes
     -  Des citoyens non encartés.
Sur cette base se constitue un "Links Partei"  (Parti de la gauche).  Le travail est long et minutieux: les personnes sont contactées par courrier individuel ou par téléphone dans tout le Land de Rhénanie du Nord, ce qui permet en 2003 de tenir à Wuppertal un "congrès fondateur" réunissant 250 personnes.  Entretemps (98/03) ont eu lieu de nombreuses rencontres et débats.  En 2006 le groupe Links Partei de Wuppertal devient" Die Linke Wuppertal".
Structure: 135 militants encartés, de nombreux sympathisants.  Le groupe est dirigé par une femme et un homme; la parité fonctionne à tous les niveaux du parti.  Gros problème cependant: parmi les militants, il n'y a que 30% de femmes...
L'électorat de "Die Linke" Wuppertal est intéressant: il représente 10 à 12 % des suffrages, c'est à dire bien plus que la simple addition de ses composantes qui ne représentaient ensemble que 3 à 4 %.  C'est un électorat assez jeune, majoritairement féminin, avec une forte proportion d'intellectuels mais aussi de précaires et chômeurs qui avaient cessé de voter.
Après avoir évoqué cette démarche de constitution de Die Linke à Wuppertal, Bernhardt évoque la situation de la gauche française.  Pour lui, il  a dans cette gauche plus de "forces centrifuges" qu'en Allemagne, avec un PCF tiraillé entre une tradition d'alliance avec le PS, son partenaire historique, et une extrème gauche bien plus forte et plus structurée qu'en Allemagne.  Pour lui la LCR  n'est forte qu'en apparence, et n'est pas un vrai parti au sens où le reste encore le PCF ("pour combien de temps?" ajoute t il....)  Il pense que la notion de parti dans sa conception actuelle est dépassée, mais qu'il ne faut surtout pas laisser tomber le PCF, seule structure capable potentiellement de fédérer la gauche, si cependant les communistes sont capables de rassembler sans demander d'adhérer aux idées du parti ou au parti lui-même.  Cela lui semble difficile mais possible.

Conclusion.  Il me semble que, sur le plan local, la force de Die Linke est d'être un parti qui propose aux gens de changer les choses ici et maintenant, sans pour autant négliger les aspects théoriques.  La façon dont s'est constitué le parti sur le plan local me semble particulièrement intéressante:  réunir largement, débattre, co-élaborer des programmes, s'impliquer dans la vie politique locale pour ensuite faire naitre une force politique de gauche.  Ils ont réussi à le faire, à nous d'essayer à notre façon.

Bernhardt reste en contact avec moi par e-mails.  Il souhaite recevoir les documents élaborés par "communistes unitaires".  Il va explorer l'idée de contacts directs avec nous: des camarades de Die Linke Wuppertal pourraient venir nous rencontrer prochainement.

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article