Démission du Parti Communiste Français

Publié le par alainleroux

Voici la lettre que j'a envoyée à mes camarades du Conseil départemental du PCF 56.  Je l'ai également diffusée sur les réseaux des Communistes Unitaires avec lesquels, plus que jamais je continue l'action...




J'ai pris le décision de quitter le Parti communiste français. Cette décision s'est imposée à moi comme une évidence. L'écart entre ce que je pense, ce que j'ai envie de faire et l'évolution actuelle du parti est désormais tel que je n'ai d'autre choix que de m'en aller.


Pour autant, je ne me suis jamais autant senti profondément communiste: là est peut-être la clef du problème.


Des incidents récents ont agi comme un déclencheur de mon départ. Lors du dernier conseil départemental auquel j'ai assisté le 7 octobre dernier, j'ai pu constater l'énorme décalage entre les discours qui s'y sont tenus et les actes. D'un côté une volonté affichée d'ouverture vers les autres, mais au final une fermeture à toute intervention qui ne serait pas strictement contrôlée par la direction départementale. A ma demande, au nom des communistes unitaires, d'organiser des débats dans le cadre de la Fête de l'Humanité Bretagne, il m'a été répondu que le parti ne pouvait fonctionner de cette façon; qu'il ne devait pas étaler au grand jour ses débats internes. Il m'est alors apparu de façon évidente que la direction ne voulait pas perdre la main sur l'organisation de nos débats, dont l'un concerne la recomposition de la Gauche.

Mais la divergence est plus profonde et remonte bien plus loin.


Lorsque j'ai adhéré au PCF en 1998, je pensais y trouver un lieu de réflexion, de formation et surtout un outil d'action. Le parti, à cette époque, était déjà en crise profonde et ne cessait de voir son influence baisser. J'y voyais l'opportunité de contribuer à en faire une structure nouvelle, plus efficace et plus inventive, en rupture avec ce passé qui l'avait justement plongée dans le déclin. J'ai été très déçu.

J'ai pu certes m'exprimer librement, d'abord dans le cadre de ma cellule, avant qu'elle ne disparaisse définitivement; ensuite au conseil départemental où je siège depuis 2000. M'exprimer, cela veut dire que l'on m'a toujours peu ou prou écouté. Mais m'a t on entendu? J'ai compris – tardivement je l'avoue – qu'au parti on peut exprimer ses idées, mais rarement en débattre: et que si des débats ont parfois lieu, ils ne débouchent presque jamais sur des évolutions concrètes.


Venant du mouvement associatif (réseaux contre l'extrême droite), j'avais espéré trouver au PC une structure me permettant de poursuivre, avec plus de résonance, un travail d'éducation populaire qui me semble être une mission fondamentale pour un parti révolutionnaire. Si j'excepte la période de la campagne référendaire de 2005 , où d'ailleurs nous n'étions pas seuls, loin de là, je ne puis que constater que le parti a totalement renoncé à cette ambition.


J'ai aussi été déçu par le fonctionnement du parti, par ses structures trop lourdes, trop centralisées, ne laissant que peu de place aux initiatives et à l'imagination, les étouffant parfois. Par un certain conservatisme dans ses méthodes, dans son expression, son vocabulaire, et surtout dans sa propension à se voir comme le détenteur de la vérité, bref par son manque de volonté d'ouverture aux autres sensibilités.


J'aurai donc passé dix années dans ce parti. J'y ai tissé des liens , vécu des moments forts, rencontré des gens intéressants, souvent attachants. Mais maintenant je ne m'y sens plus utile. Je suis aussi inquiet des évolutions à venir: le prochain congrès me semble joué d'avance et la platitude et le manque d'ambition du texte préparatoire ne sont pas pour me rassurer. Je redoute que le parti ne se referme définitivement sur lui-même, ne survivant que comme une petite structure, témoin d'un passé révolu. Ou encore qu'il ne soit plus qu'un satellite d'un PS définitivement ancré dans le social-libéralisme. A mon sens le salut du parti est ailleurs, dans une construction politique avec toutes les autres forces qui veulent en finir avec le capitalisme. Je suis persuadé que notre avenir à nous, communistes, se construira au sein d'une force politique nouvelle, à l'image – et non à l'imitation – de ce qu'ont fait nos camarades de Die Linke en Allemagne.


Voilà en quoi je crois, voilà ce que je veux continuer à bâtir, pour le moment avec mes camarades des Communistes unitaires , certainement plus tard dans une structure nouvelle avec, je l'espère, beaucoup de mes camarades du parti communiste français.




Fraternellement, Alain Le Roux.

Publié dans Politique

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